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« Être trans n’est ni une pathologie, ni un choix, ni un drame »

Ce 31 mars, c’est la journée internationale de la visibilité trans créée en 2010 par l’activiste Rachel Crandall. Vincent, militant trans, explique les raisons d’un tel événement.

Protéger les personnes Trans

« Il s’agit d’affirmer que les personnes trans existent et qu’elles ne se réduisent pas aux stéréotypes sensationnalistes… » (Photo d’illustration: des manifestants demandent le maintien des droits des personnes transgenres, le 23 février 2017 à New York) afp.com/KENA BETANCUR

Vous avez croisé ou connaissez sûrement tou-te-s au moins une personne trans. Mais peut-être ne le savez-vous pas: beaucoup d’entre nous sont invisibles, quand d’autres le sont moins. La visibilité est parfois un choix, parfois non. 

L’invisibilité, quant à elle, est souvent un choix. Pour les personnes concernées: un choix de tranquillité, de sécurité, voire de survie. Pour les personnes non-concernées: le choix d’ignorer une partie de la population, jugée insignifiante ou inférieure. C’est ce que l’on appelle le cissexisme, c’est-à-dire le fait d’invisibiliser consciemment ou non les personnes trans, voire de les considérer comme « anormales » ou inférieures aux personnes non-trans. 

Qu’est-ce qu’une personne trans?

Une personne trans, c’est quelqu’un dont le genre est différent de celui qui lui a été assigné à la naissance. Si on vous a déclaré d’un genre qui s’avère être celui que vous ressentez en vous, alors vous êtes cisgenre. Pas « normal-e », juste majoritaire. Aucun rapport avec les stéréotypes de genres: vous pouvez avoir été assignée femme, vous sentir femme, et ne pas correspondre aux stéréotypes de genre associés. Vous n’en êtes pas moins cisgenre! 

On oublie donc les termes archaïques et irrespectueux dont le monde médical nous affuble, persuadé qu’être trans serait une pathologie mentale (ce qui est toujours déclaré par l’OMS!). Adieu « transsexuel-le-s », « transsexualisme », « transsexualité », et autres « dysphories de genre »: on ne parle pas ici de sexe, et encore moins de sexualité ou de pathologie, mais de genre. 

Le mot « trans » étant un adjectif, on parle de personne trans (ou transgenre), de transitude [le fait d’être trans] ou de transidentités. Seules les personnes concernées sont légitimes à utiliser d’autres termes pour parler d’elles-mêmes en leur nom propre. Le prénom qu’une personne trans utilise et ses pronoms (reconnus ou non par l’Académie française) ne sont ni un mensonge ni un jeu. Il est important de les respecter. 

Une infinie diversité

Les personnes trans, quels que soient les termes qu’elles emploient pour se définir, peuvent effectuer ou non des démarches médicales ou juridiques. Un homme trans n’est pas moins un homme s’il possède un utérus ou n’a pas de « M » sur ses papiers. Une femme trans n’est pas moins femme si elle ne prend pas d’hormones

Elles peuvent être de genre dit binaire -homme ou femme- ou de genre dit « non-binaire », c’est-à-dire d’un genre autre que homme ou femme. Il en existe énormément, et si aucun n’est reconnu en France, certains le sont dans de nombreux pays sur tous les continents… Et inexistence juridique ne signifie pas inexistence tout court. 

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Elles peuvent avoir toutes sortes d’orientations sexuelles. Une femme trans [femme ayant été assignée garçon à la naissance] attirée par les autres femmes est donc lesbienne. 

Pourquoi vouloir une « visibilité trans »?

Être visible, ça veut dire quoi? Ce n’est, bien sûr, pas une injonction à dire que l’on est trans, car cela représente un réel danger pour nombre d’entre nous. Il s’agit d’affirmer que les personnes trans existent et qu’elles ne se réduisent pas aux stéréotypes sensationnalistes… Il s’agit de personnes comme les autres. Iels [contraction de « ils » et de « elles »] sont de tous âges, origines ethniques, couleurs de peau, religions, classes sociales, conditions médicales/de santé, situations maritales et parentales, etc. 

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Un grand nombre est précaire, à cause des discriminations subies et des bâtons dans les roues que nous mettent le gouvernement, la justice, l’administration, le milieu médical… Certain-e-s sont migrant-e-s, et/ou fuient leurs pays à cause de la transphobie qui les met en danger vital. 

Ni une pathologie, ni un choix, ni un drame

Visibiliser les personnes trans, c’est visibiliser la réalité de nos existences et nos revendications, qui relèvent purement et simplement de l’accès aux droits humains: disposer de nos corps librement, ne plus être psychiatrisé-e-s, être reconnu-e-s comme des personnes responsables et aptes à prendre les décisions nous concernant, que nos genres et notre intégrité physique et morale soient respectés…

Visibiliser la transitude, c’est proclamer haut et fort que ce n’est ni une pathologie, ni un choix, ni un drame, ni nécessairement une souffrance… Ce qui rend malade, tue ou pousse au suicide, c’est bien la transphobie, qu’elle soit institutionnelle (et étatique) ou sociétale. 

Nous sommes tou-te-s le reflet d’une diversité immense. Nous vivons tou-te-s nos vies et nos parcours différemment, mais nous sommes là, partout et parmi vous, vous vivez à nos côtés sans toujours le savoir, et le monde ne s’est pas arrêté de tourner pour autant. Vous ne pouvez plus ignorer notre existence. 

Vincent, activiste trans et militant de l’association Nantaise TRANS INTER action, association d’entraide et d’action pour les personnes trans, intersexes et en questionnement.


Source « l’express » 31 mars 2017 : Être trans n’est ni une pathologie, ni un choix, ni un drame

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